14/11/2010

Des bombes sur mon village

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Rien n’est plus triste que l’oubli. Il est de notre devoir de transmettre l’histoire à nos enfants et nos petits-enfants. Depuis la nuit des temps, des personnes  ont agi pour le bien-être de leurs descendants, en défendant la liberté, leur droit à la vie tout simplement, indépendamment des opinions et des tendances politiques, dans toute la simplicité de leur amour et de leur dévouement, à une cause leur semblant juste.

 

 

 

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L’histoire que je vais vous raconter est celle d’un moment de  la deuxième guerre  mondiale survenu le 20 avril 1944, au travers du vécu de deux personnes, Gaby et Jean, mes parents, et de quelques témoins.

En 1944, Limal (Province du Brabant, Belgique) était un tout petit village. A trois kilomètres de là, un autre village Ottignies, nœud ferroviaire entre Namur et Bruxelles par lequel transitaient les convois de soldats et d’armements  allemands, occupants, attire l’attention des Alliés.

(Photo : la place de Limal, avant le bombardement)

Ce jeudi 20 avril 44 la journée est belle. Il y a du soleil et la place avait connu l’après-midi, une certaine animation due à la présence des gosses.

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Jean avait passé  la soirée chez sa fiancée Gaby et se hâtait de rentrer avant le couvre-feu de 22h30. Il approche de la maison de ses parents quand il entend un bruit d’avions qui s’amplifie, énorme, il doit y en avoir beaucoup. Soudain le ciel s’embrase, des fusées éclairantes viennent d’être larguées. Il se dit : « C’est pour la gare d’Ottignies » Hélas la météo à cette époque en était à ses premiers balbutiements et la force du vent n’était pas mesurable. Celui-ci pousse les fusées éclairantes destinées à déterminer le périmètre de bombardement inexorablement vers Limal et Limelette (petit village voisin). La gare d’Ottignies, les voies et les ateliers se trouvent à moins de deux kilomètres. Lorsque les bombardiers lâchent leurs projectiles à plus de trois mille mètres d’altitude…                                                                                        Lancaster Avro.jpg                                                         

 

Bombardier anglais Lancaster Avro (le seul à pouvoir emporter des bombes de 1800kg - capacité de charge larguable : 9980kg) surnommé "Le destructeur"



25 minutes de vie et de mort…

Les avions anglais arrivent, en six ou sept vagues, il est aux environs de 23Hr. Il dure 25 minutes.

Jean se jette dans un fossé. Les bombes pleuvent. Celles de 250 kg descendent en sifflant, celles de 500kg à 1 tonne font un bruit plus sourd, un vrombissement sinistre.  A chaque impact le sol tremble violemment. Jean est à l’extrémité sud du village, « la campagne déjà », épargnée providentiellement par le bombardement. Il assiste ainsi, à la frontière de l’attaque, à la destruction de son village.

Les fusées venaient d’être larguées, Gaby intriguée par les lueurs sort avec son frère de la petite maison qu’elle occupe au nord du village. Son oncle qui habite la maison de l’autre côté de la prairie séparant les deux maisons est sorti également et hurle : »C’est un bombardement, abritez-vous ! » Gaby et son frère se réfugient dans un trou à sable dans la grande prairie jouxtant l’habitation. Les premiers sifflements, deux bombes impactent la prairie, l’air chassé violemment Gaby et son frère ont le souffle coupé, la terreur les envahit.

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Jules qui occupe une maison proche du centre du village avec sa maman et ses grands parents maternels se réfugie avec sa maman dans la chambre des grands-parents. Le grand-père rassure tout le monde « C’est pour la gare d’Ottignies » restons calmes. Les vitres volent en éclats, le plafond leur tombe sur la tête et la porte sort de ses gongs…ils s’enfuient tous à la cave et se blottissent les uns contre les autre terrifiés.

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Benjamin dont les parents tenaient un café :"Les bombes sont tombées inlassablement. Nous sommes sortis de la maison et avons constaté que la salle de café était rasée. Les secours se sont organisés (la Croix-rouge et les voisins). Ils ont pu retirer C. des décombres de sa maison. Il serrait son épouse dans ses bras. Elle était morte, étouffée.

50 ans après, je sens encore l'odeur de la poussière. Je ne voudrais, plus que quiconque, revivre ces heures."

Jean s'est relevé de son fossé et retourne au village. Une maison sur deux est détruite, le village n'est plus un village mais un amas de ruines dans lequel errent les habitants hagards. Le coeur serré il approche de la maison de Gaby. Elle est là, celle qui va être ma mère. Elle est toujours là d'ailleurs, à 88 ans, bon pied, bon oeil. Jean lui est parti à l'aube de ses 80 ans.

Notes : Le bombardement fit 31 victimes à Limal, 66 maisons sont entièrement détruites, l'église et 45 maisons le sont partiellement. Limelette et Ottignies comptèrent également bon nombre de victimes (il s'agissait de petits villages, et beaucoup d'hommes étaient absents bien sûr, pour cause de guerre)

Courrier du 26/4/1944 via la résistance : Bombardement loupé. Les voies principales sont coupées mais pourront être rétablies en peu de temps ! Très grande dispersion des bombes. Travail superficiel. Tout est à refaire.

Top-7.jpgDans la population il n'y eut en général pas de ressentiment à l'égard des alliés, pas de reproche, seule la fatalité était en cause.Ironie du Sort, le 9 février 2010 une bombe découverte à Ottignies, lors de travaux sur la ligne de chemin de fer Namur - Bruxelles bloqua le traffic ferroviaire une journée entière. - Les photos ci-dessus ont été prises dans les jours qui suivirent le bombardement, et, ainsi que les divers témoignages sont issus d'une revue commémorative fruit des recherches de Raymond SALLE, Michel HERPIGNY et Bernard DUTRIEUX.

 

 

 

15:20 Écrit par Rob dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (20) |  Facebook |

Commentaires

tout mon respect à Gaby qui pourrait presque être ma mère ....

Écrit par : Chantal_Tootsie | 14/11/2010

Merci beaucoup pour cette histoire vraie et ce morceau de notre Histoire. C'est un récit très poignant et terrifiant. Quelle terrible époque... jamais, plus jamais ça ! soupire... en Europe, ça va encore mais en Iran, Irak, Palestine... ils le vivent encore et toujours, cela s'arrêtera-t-il un jour ?
Je vais te souhaiter une bonne soirée Robert et ne pas trop penser à tout ça, ne pas oublier mais ne pas focaliser. Gros bisous.

Écrit par : chantal | 14/11/2010

Merci Robert pour nous faire partager cette histoire, qui est aussi ton histoire et finalement l'histoire de chaque être humain..
Bisous et bonne soirée à toi..

Écrit par : Marceline | 14/11/2010

C'est vraiment terrifiant ces histoires de guerre. Je n'habite pas trop loin du village d'Oradour sur Glane qui fut aussi un village martyre de la seconde guerre mondiale. Presque toute la population a été massacrée par les Allemands, il semblerait qu'en réalité le village qui aurait du subir des représailles était un bourg voisin, Oradour sur Vayres. On ne le redira jamais assez, que c'est bête la guerre, et pourtant.... Merci d'être passé sur mon blog, amical bonsoir de Charente. FRANCOISE

Écrit par : FRANCOISE | 14/11/2010

Bonjour Robert...C'est vraiment terrifiant des visions d'horreur et dire qu'il y a encore des gens qui vivent ça actuellement!
Je te souhaite une bonne journée ici, il fait enfin sec mais il ne fait pas très chaud !
Gros bisous et merveilleuse semaine l'ami..

Écrit par : Chadou | 15/11/2010

c'est en effet terrifiant et il ne faut surtout pas que les jeunes générations oublient ! Pour ne pas devoir revivre cs horreurs multipliées par 1000 car les armes d'aujourd'hui n'ont rien à voir avec celles de cette époque !

Écrit par : jacques robert | 15/11/2010

Et oui!! Dure réalité que la guerre!! Toi tu y a vraiment été imprégnié dans ton enfance, cela ce sent très fort!! Merci pour ce terrible partage!! Bisoussssssssssss

Écrit par : gootchai | 15/11/2010

Bonjour Robert,
Très bel hommage à ce village qui a tant souffert.
Articles très émouvant.
Bises et bon lundi
ZAZA

Écrit par : ZAZA | 15/11/2010

C'est tragique et émouvant.
Mes parents aussi ont failli périr pendant la guerre : mon père était résistant et a échappé de peu aux arrestations, ma mère était à la croix rouge.
Comme vous j'ai écrit quelques textes sur leur vie pendant la guerre et les ai publiés sur mon blog.
Amitiés,
Marc

Écrit par : marc charlier | 15/11/2010

Bonjour Robert,

Un trés bel hommage que tu fais à ce village
et aussi pour tes parents,pour ta maman qui
est encore en vie,et qui a vu toute cette horreur
dévastée son village,que c'est bien triste ces guerres ...
Beau reportage ,bravo à toi
Je te souhaite une bonne soirée,
Bisous de Mimi.

Écrit par : MiMi du Sud | 15/11/2010

Hello Robert !
Oui il faut garder en mémoire l'histoire et la transmettre à nos enfants. J'entends souvent mes parents raconter ce qu'ils ont vécu pendant la guerre.
J'ai bcp apprécié ton article et la manière que tu as raconté tes parents. Merci pour ce partage d'une époque pas si éloignée...

Je vais en profiter pour "zieuter" tes articles précédents... J'ai du retard à rattraper.
Bonne semaine Robert et bonjour au pays (j'ai vu qu'en Belgique les t° chutent et que vous avez eu des tempêtes !!)

A bientôt et grosbecsduquébec

Écrit par : lula | 15/11/2010

Bonjour Robert,
Merci pour ce petit bout d'histoire dramatique et cet hommage à la bravoure de certains qui ont pu transmettre les horribles évènements vécus de leur village. Honneur à tes parents!
Mes parents m'ont raconté les bombardement de Liège et l'arrivée des Américains...Cette histoire doit continuer à être transmise, en espérant que tout cela ne se reproduise plus jamais (hélas...pure utopie)
Je te remercie vivement pour ton gentil commentaire qui m'a agréablement touchée.
Bisous amicaux
Fanchon

Écrit par : Françoise | 16/11/2010

Un bonjour amical en passant par chez toi.

Écrit par : jacques robert | 17/11/2010

Nous sommes tous concernés ce devoir de mémoire doit perdurer merci pour ce bel article en hommage pour les tiens et tous ceux qui ont souffert Bien amicalement

Écrit par : Ileajade | 17/11/2010

Merci Robert pour ce rappel de mauvais souvenirs.
En effet il ne faut pas oublier tous ceux qui ont souffert, disparus ou qui se sont battus.
Je crois que pour les jeunes, de chez nous en tout cas, la guerre ne signifie pas grand chose car il a font et la défont à travers leurs jeux.
Mais il y a des pays ou les gens vivent cet enfer au quotidien.
Bon week-end.
A bientôt.
Surfingmoune

Écrit par : Surfingmoune | 20/11/2010

Tu fais bien de montrer ces images pour que l'horreur de la guerre puisse à jamais faire prendre conscience aux générations à venir qu'il faut à tout prix se battre pour la Paix !

Écrit par : Marieluce | 21/11/2010

Que de souvenirs de lire ce récit entendu maintes fois de Papa et Maman, qui claquait des dents, des semaines après, au son d'un moteur dans le ciel.
Merci à toi d'avoir pris le temps de relater tout cela pour nos enfants et petits-enfants.
Bisous
Christine

Écrit par : Christine | 21/11/2010

Horreur de la guerre, horreur de toute guerre. Ton article est très émouvant, Robert. Merci de partager avec nous la mémoire de ta famille. Oui, n'oublions pas.
Gros bisous

Écrit par : siratus | 30/11/2010

ton récit plein d'émotion ,me rapelle que seule ma grand mère m'a raconté...
dans ma famille c'était plutot le sujet tabou,par envie d'oublier...
embrasse ta maman de ma part

Écrit par : chantal hesbois | 03/12/2010

Bonsoir Robert,
moi-même je suis Limalois et tu cites un commentaire de mon père qui a lui-même vécue ce bombardement (Benjamin).J'aimerais te contacter car mon intention est de réaliser un film (en amateur) sur cette histoire.
Merci d'avance,

Alain

Écrit par : Alain | 20/12/2010

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